CARO PLUME…
Plume comme écriture ou
Plume comme amérindien?
Là est la question…
La réponse se trouve dans l’un comme dans l’autre.
Les ateliers d’écriture m’ont amenée à enseigner dans une communauté autochtone. Dans ce travail, j’ai poussé plus loin l’expérience de l’écriture créative.
Et aujourd’hui, vous vous retrouvez sur mon site CaroPlume.com
Voici le fil d’Ariane de toute cette aventure, qui est en fait une partie de ma vie.
Le tout a débuté en 1996. Je venais de terminer mon baccalauréat en biologie et j’avais emménagé à Sorel. Étant en recherche d’emploi, je m’étais inscrite dans un organisme d’aide à cet effet. On y offrait un atelier d’écriture et j’ai décidé d’y participer.
Je dois avouer que je n’ai pas eu la piqûre tout de suite. C’était trop déstabilisant. Écrire un texte instantanément, en respectant une consigne, et le lire ensuite devant d’autres participants, c’était beaucoup me demander, à moi qui manquait de confiance. Mais, j’ai persévéré et au fil des semaines, j’ai finalement apprécié tout ce que cette activité pouvait m’apporter.
Premièrement, la synergie du groupe, parfois palpable, qui nous transporte et nous propulse vers des lieux insoupçonnés, amplifiant ainsi notre créativité. Souvent, il me venait en tête un mot sorti de nulle part et à la lecture de nos textes, je me rendais compte qu’une autre participante avait utilisé le même mot. Comme si nos onconscient s’étaient rencontrés…
Plus d’une fois, j’ai été étonnée et épatée par mes textes, pas qu’ils soient des œuvres littéraires, loin de là. Mais, alors qu’au départ, je n’avais aucune idée où je m’en allais, j’arrivais finalement à un endroit inattendu, mais très satisfaisant, comme si les mots avaient tracé la voie.
J’ai aussi appris à connaître les gens par leurs textes et j’ai développé de nouvelles amitiés qui durent encore aujourd’hui.
Finalement, cet atelier d’écriture qui a duré dix semaines fut très enrichissant. J’ai apprivoisé et aimé l’ambiance dans laquelle il nous plongeait à chaque séance. Une atmosphère d’incertitude nous sortant de notre zone de confort, pour arriver au contentement et à la joie d’avoir touché à son potentiel créateur. Être déstabilisé pour retomber ensuite sur ses pieds et être plus fort. Aller en dedans de soi pour découvrir ses possibilités.
J’ai tellement apprécié cette activité que j’ai récidivé. Les années suivantes, je me suis inscrite à tous les ateliers que Michèle Gagné a offerts. J’ai aussi participé à des ateliers plus spécifiques, animés par des auteurs connus tels que : la nouvelle (Louise Casavant), le conte (Anne-Marie Aubin), la création de personnages (Hélène Desjardins), la micronouvelle (Laurent Berthiaume), l’écriture de paroles de chanson (Pierre Jolicoeur et Sylvain Bruneau), l’écriture spontanée (Carmen Marois), le laboratoire d’écriture (Jean Béland), le roman jeunesse (Josée Ouimet).
Quelques années plus tard, avec Gaby Mercier, une amie dont j’ai fait la connaissance lors du premier atelier d’écriture, nous avons eu l’idée d’offrir le nôtre. Nous nous complétions bien. Elle était plus fonceuse, et moi, plus organisée. C’est en 1999, après quelques mois de préparation, que nous avons reçu notre premier groupe. Au fil des ans, nous avons été témoins des progrès des participants tant dans leur écriture que dans leur vie personnelle.
Alors qu’elle était timide et qu’elle avait passé sa vie chez elle, nous avons vu une participante devenir membre du conseil d’administration du Centre récréatif Au fil des ans de Sorel-Tracy. Une autre a publié un premier livre à compte d’auteur. Elle est ensuite devenue éditrice indépendante et a distribué ses livres en Europe. Un participant a publié son autobiographie et l’a offerte à ses enfants en cadeau de Noël. Une autre personne a démarré un nouvel atelier d’écriture dans un village voisin. Quatre femmes ont fondé un organisme à but non lucrati, Mots Arts Vie, dont la mission est de promouvoir la créativité par l’écriture et le dessin chez les personnes âgées habitant dans des centre d’hébergement. Voilà quelques exemples qui me font penser au mot « pérennité ». Je suis toujours épatée de voir jusqu’où une passion peut nous mener.
Entre-temps, en 2003, j’ai décroché un emploi comme enseignante à l’école secondaire Nikanik, dans la communauté autochtone de Wemotaci.
Durant cette première année, j’ai enseigné: la biologie, l’écologie, la géographie et les sciences économiques. Je devais aussi préparer un projet parascolaire. J’ai tout de suite pensé à un atelier d’écriture. Quatre élèves se sont inscrites et ce fut un succès. Ces filles m’en ont parlé longtemps après.
L’année suivante, sachant que j’aimais l’écriture, le directeur d’école m’a offert d’enseigner le français au niveau présecondaire, une 7e année où on révise les notions vues antérieurement. Il faut savoir que, pour les gens de cette nation, le français est une langue seconde (FLS). Les élèves effectuent les trois premières années scolaires dans leur langue maternelle et poursuivent ensuite leur scolarité en français. Il y a très peu de ressemblances entre le français et leur langue, l’atikamekw, ce qui explique une grande partie des difficultés scolaires de ce peuple.
Lorsque j’ai élaboré mon plan de cours, je me suis souvenue de mes propres expériences d’étudiante. Je me rappelais que la dictée et la composition étaient de bons moyens pour améliorer le français écrit. Je les ai donc mis tous les deux à l’horaire. La dictée m’a permis de vérifier si les élèves maîtrisaient bien les phonèmes du français et de cerner d’autres difficultés. De plus, c’est par cet outil fort utile que j’ai pu constater les différences importantes entre les deux langues. Cela m’a ensuite aidée à adapter mon enseignement et à être plus efficace.
Pour ce qui est de la composition, la plupart du temps, ils devaient écrire un texte à partir d’un dessin. J’ai fonctionné comme je le faisais dans les ateliers d’écriture. Je ne voulais pas qu’ils utilisent un plan avec introduction, développement et conclusion. Je leur disais plutôt d’écrire ce que le dessin suscitait en eux et d’inventer une histoire. Bref, d’y aller instinctivement plutôt que rationnellement. L’important pour moi était de stimuler leur imagination et de leur permettre d’arriver à écrire les mots, les phrases et les images qu’ils avaient dans leur tête. Je voulais aussi, qu’ils connaissent le plaisir d’écrire et qu’ils en ressentent une certaine liberté.
En début d’année, la longueur du texte devait être de 50 mots. J’exigeais ensuite dix à quinze mots supplémentaires à chaque semaine pour obtenir un texte de 200 mots à la fin de l’année, ce que la plupart des élèves arrivaient à faire. À chaque année, j’ai découvert au moins un élève qui avait un talent inné pour l’écriture et tous, sans exception, ont fait des progrès évidents, palpables, que je pouvais mesurer. C’était valorisant pour les élèves, ainsi que pour moi.
Je n’ai jamais noté ces textes hebdomadaires que je considérais comme une pratique. Je corrigeais les fautes, car on apprend de nos erreurs, mais je n’en n’indiquais pas le nombre sur la copie. Je ne voulais pas que les élèves mettent l’emphase sur cela. J’écrivais plutôt des commentaires positifs qui les encourageaient pour la fois suivante. Durant toutes ces années d’enseignement du français, la plupart des élèves ont aimé les compositions, très peu ont rechigné devant cette tâche.
À quelques occasions, j’ai même fait de vrais ateliers d’écriture durant les cours. On plaçait les pupitres en rond et on passait la période à faire des exercices d’écriture. Les élèves appréciaient cette activité, ils m’en redemandaient!
J’ai le sentiment profond que les ateliers d’écriture m’ont aidée à obtenir le poste d’enseignante à Wemotaci. En plus de m’avoir donné confiance en moi, ils m’ont permis de développer ma vivacité d’esprit ainsi que ma capacité d’adaptation. J’ai pu faire face à plusieurs situations, j’ai pu improviser, trouver des solutions. C’est ça la créativité. Avoir un esprit ouvert, ne pas être confiné aux solutions toutes faites, se démarquer de la masse, être original(e), être soi-même, être unique, être vibrant, voir l’infinité de possibilités et les exploiter.
J’ai divisé mon site en 6 sections. Dans les deux premières, « Qu’est-ce qu’un atelier d’écriture? » et « La Créativité« , on retrouve une définition de ces sujets.
Dans « Expérience autochtone« , je vous présente quelques expériences que j’ai vécues à Wemotaci.
Dans les sections « Textes des élèves » et « Atelier d’écriture aînés, Tracy« , vous trouverez des textes écrits soit par les uns soit par les autres. Je vous demande d’être indulgents. Dans le premier cas, ces « écrivains » sont des jeunes de 12-13 ans qui vivent dans un milieu isolé et dont le français est une langue seconde. Pour le deuxième groupe, il s’agit d’un premier jet qu’ils ont écrit, c’est-à-dire un texte non revu et corrigé.
Finalement, dans la partie « Autres« , vous découvrirez des consignes d’écriture, vous serez invité à partager vos propres textes et vous aurez la possibilité d’acheter des cahiers d’écriture créative.
Note : Voici la provenance des deux personnages en haut de page. À gauche, on trouve Mafalda, personnage de bande dessinée créé en 1964 par Quino, un argentin. À droite, Denika’s World, une peinture effectuée en 2007 par Karen Noles. Vous trouverez sur son site, www.karennoles.com, plusieurs autres belles peintures d’enfants autochtones.


